EB156(30)
EB156
EB156(30)
Réglementer la commercialisation des substituts du lait maternel par des moyens numériques1
Le Conseil exécutif,
ayant examiné le rapport du Directeur général,2
A décidé de recommander à la Soixante-Dix-Huitième Assemblée mondiale de la Santé d'adopter la résolution suivante :
(Dix-huitième séance, 10 février 2025)
La Soixante-Dix-Huitième Assemblée mondiale de la Santé,
Ayant examiné le rapport du Directeur général ;
Rappelant toutes ses résolutions antérieures sur la nutrition chez le nourrisson et le jeune enfant, les modes d'alimentation appropriés et les questions connexes, en particulier les résolutions WHA31.47 (1978), WHA33.32 (1980), WHA34.22 (1981), WHA35.26 (1982), WHA37.30 (1984), WHA39.28 (1986), WHA41.11 (1988), WHA43.3 (1990), WHA45.34 (1992), WHA46.7 (1993), WHA47.5 (1994), WHA49.15 (1996), WHA54.2 (2001), WHA55.25 (2002), WHA58.32 (2005), WHA59.21 (2006), WHA61.20 (2008), WHA63.23 (2010), WHA65.6 (2012), WHA69.9 (2016), WHA71.9 (2018), et les décisions applicables, y compris les décisions WHA73(26) (2020) et WHA75(21) (2022) ;
Sachant que la commercialisation des substituts du lait maternel, des biberons et des tétines, ainsi que les formes inappropriées de promotion des aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants,3 continuent de compromettre gravement les progrès vers une alimentation optimale du nourrisson et du jeune enfant ;
Considérant la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant, en vertu de laquelle 196 États Parties reconnaissent le droit de l'enfant de jouir du meilleur état de santé possible et qui prévoit que les États Parties prennent des mesures appropriées pour faire en sorte que tous les groupes de la société, en particulier les parents et les enfants, reçoivent une information sur la santé et la nutrition de l'enfant et sur les avantages de l'allaitement au sein et bénéficient d'une aide leur permettant de mettre à profit cette information, comme stipulé à l'article 24 de la Convention ;
Soulignant que la protection, la promotion et le soutien de l'allaitement maternel, de même que la protection des droits des enfants et des femmes contre les conséquences néfastes et les interférences de la commercialisation des substituts du lait maternel par les fabricants et les distributeurs, contribuent tous deux à la concrétisation des engagements pris par les États Parties au titre de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant ;
Notant les conclusions tirées de données récentes sur la commercialisation des substituts du lait maternel, soulignant notamment que les technologies numériques ont donné naissance à de nouveaux outils de marketing puissants pour la promotion des substituts du lait maternel, et la nécessité de renforcer l'application du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel ;
Sachant que la commercialisation numérique, notamment le marketing d'influence, est devenue la forme dominante de commercialisation dans de nombreux pays ;4 qu'en l'absence de réglementation efficace, elle a des conséquences préjudiciables pour la santé publique ; et que dans tous les pays du monde, les parents et les personnes ayant la charge d'enfants sont exposés à une promotion directe et indirecte des substituts du lait maternel ;
Exprimant sa profonde préoccupation face aux stratégies inappropriées de commercialisation numérique utilisées par les fabricants et les distributeurs de substituts du lait maternel, de biberons, de tétines et d'aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants pour cibler les femmes enceintes, les parents et les personnes ayant la charge d'enfants, ainsi que les professionnels et professionnelles de la santé, notamment au moyen de contenus personnalisés ;
Notant qu'il importe de veiller à ce que les informations relatives à l'alimentation du nourrisson et du jeune enfant mises à la disposition des professionnels et professionnelles de la santé ainsi que des consommateurs et consommatrices soient impartiales, objectives, fondées sur des données factuelles, dénuées de conflits d'intérêts et conformes aux recommandations de l'OMS ;
Exprimant en outre son inquiétude face aux défis que présente la commercialisation numérique, y compris le marketing d'influence, pour l'élaboration, le suivi et l'application des mesures réglementaires nationales visant à restreindre la promotion et la publicité en faveur des substituts du lait maternel et à mettre un terme aux formes inappropriées de promotion des aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants, y compris les stratégies et pratiques de commercialisation numérique transfrontalière ;
Consciente qu'en vue de garantir l'application effective du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel
5 aux environnements numériques, il convient d'élaborer des mécanismes de réglementation nationaux, d'assurer la coordination entre un ensemble plus large d'organismes publics au sein des États Membres, selon qu'il conviendra, et entre ceux-ci, le cas échéant, et de fixer des obligations juridiques spécifiques pour l'ensemble des entités impliquées dans la commercialisation numérique, y compris le marketing d'influence, d'imposer des sanctions dissuasives efficaces et proportionnées et de prendre des mesures dissuasives en cas de non-respect de toute mesure réglementaire obligatoire établie ;
Réaffirmant la nécessité d'adopter de bonnes pratiques de gouvernance prévoyant des garanties contre d'éventuels conflits d'intérêts lors de l'élaboration et de la mise en œuvre de mesures visant à réglementer la commercialisation numérique des substituts du lait maternel, de prendre des mesures réglementaires obligatoires, car les mesures volontaires se sont avérées inefficaces ou insuffisantes en matière d'application du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel,6 ainsi que l'importance de veiller à ce que des systèmes efficaces de suivi et de contrôle de l'application soient mis en place afin de fonctionner de manière transparente et indépendante, sans influence commerciale ;
Soulignant qu'il faut apporter un soutien technique aux États Membres en ce qui concerne les mesures réglementaires visant à restreindre la promotion et la publicité numériques en faveur des substituts du lait maternel, des biberons et des tétines, et à éliminer la promotion numérique inappropriée des aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants, afin de s'assurer que ces pratiques soient correctement traitées dans les réglementations nationales existantes et nouvelles visant à appliquer le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel, ainsi que les orientations visant à mettre un terme aux formes inappropriées de promotion des aliments pour nourrissons et jeunes enfants,7 et les orientations relatives aux mesures réglementaires visant à restreindre la commercialisation numérique des substituts du lait maternel,8
1.
1)
à intensifier leurs efforts en vue d'élaborer et de renforcer des mesures réglementaires solides pour réglementer la commercialisation des substituts du lait maternel et des aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants, y compris dans les environnements numériques, en tenant pleinement compte des recommandations figurant dans les orientations relatives aux mesures réglementaires visant à restreindre la commercialisation numérique des substituts du lait maternel ; 10
2)
à mettre en place et à renforcer leurs systèmes et technologies de surveillance afin d'identifier et de signaler la commercialisation des substituts du lait maternel et des aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants, et de s'employer à garantir que ces systèmes soient dotés des moyens nécessaires pour détecter les pratiques de commercialisation inappropriées dans les environnements numériques ;
3)
à recenser, à doter de moyens, à coordonner et à renforcer tous les organismes publics compétents chargés de l'application et du suivi à l'échelle nationale du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel, des orientations visant à mettre un terme aux formes inappropriées de promotion des aliments pour nourrissons et jeunes enfants et les orientations relatives aux mesures réglementaires visant à restreindre la commercialisation numérique des substituts du lait maternel ;
4)
à mobiliser l'ensemble des organismes publics compétents chargés de réglementer la publicité, le contenu marketing et les technologies de communication afin d'assurer une réglementation efficace dans tous les domaines et de mener les processus d'inspection, de surveillance et de contrôle nécessaires ;
5)
à protéger contre les conflits d'intérêts dans l'élaboration, l'application, le suivi et l'évaluation des mesures réglementaires visant à adopter et à appliquer le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel, les orientations visant à mettre un terme aux formes inappropriées de promotion des aliments pour nourrissons et jeunes enfants et les orientations relatives aux mesures réglementaires visant à restreindre la commercialisation numérique des substituts du lait maternel ;
2.
APPELLE la société civile à appuyer l'élaboration et la mise en œuvre de mesures réglementaires solides destinées à encadrer la commercialisation numérique des substituts du lait maternel et des aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants ;
3.
PRIE le Directeur général :
1)
de fournir aux États Membres qui en font la demande un appui technique pour la mise en œuvre des recommandations énoncées dans les orientations relatives aux mesures réglementaires visant à restreindre la commercialisation numérique des substituts du lait maternel, ainsi que pour le suivi et l'évaluation de leur application, y compris par la mise en place d'outils de surveillance nouveaux ou existants ;
2)
de recueillir les expériences nationales, les défis rencontrés et les enseignements tirés en matière de mise en œuvre des recommandations énoncées dans les orientations relatives aux mesures réglementaires visant à restreindre la commercialisation numérique des substituts du lait maternel, y compris au moyen de consultations régionales, mais sans s'y limiter, dans le but de faire une synthèse des bases factuelles nouvelles ou existantes sur leur efficacité et d'envisager des changements, si nécessaire ;
3)
de faire rapport sur l'application de la présente résolution à la Quatre‑Vingt‑Unième Assemblée mondiale de la Santé dans le cadre du rapport sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre du Plan d'application exhaustif concernant la nutrition chez la mère, le nourrisson et le jeune enfant en 2028.
Voir à l'ANNEXe 8 les incidences financières et administratives que cette décision aura pour le Secrétariat.
Document EB156/17.
Les aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants se définissent comme des aliments ou boissons de fabrication industrielle qui sont spécifiquement commercialisés comme étant adaptés à l'alimentation des enfants âgés de six à 36 mois, selon la définition figurant dans le document d'orientation Guidance on ending the inappropriate promotion of foods for infants and young children (consulté le 5 mars 2025).
Voir Scope and impact of digital marketing strategies for promoting breastmilk substitutes. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2022 (consulté le 5 mars 2025).
Code international de commercialisation des substituts du lait maternel (consulté le 5 mars 2025).
Voir le document WHO guideline : Policies to protect children from the harmful impact of food marketing (consulté le 5 mars 2025).
Guidance on ending the inappropriate promotion of foods for infants and young children (consulté le 5 mars 2025).
Orientations relatives aux mesures réglementaires visant à restreindre la commercialisation numérique des substituts du lait maternel (consulté le 5 mars 2025).
Et, le cas échéant, les organisations d'intégration économique régionale.
Tout en tenant compte des obligations internationales, le cas échéant.
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